Verdun, la bataille des 300 jours.

Le 21 février 1916, vers 7h du matin, un obus siffle et vient exploser sur Verdun. Le premier d’une longue série, prémices d’un des affrontements les plus emblématiques de la 1ere guerre mondiale : la bataille de Verdun. Pendant près de 10 mois, les soldats allemands et français se sont affrontés sans relâche. Les chiffres, bien que fluctuants légèrement selon les époques et les sources, sont ahurissants : plus de 300.000 morts et 400.000 blessés, répartis de manière presque identique entre les 2 camps. Le pire ? C’est que Verdun n’est même pas la plus meurtrière des batailles de la 1ere guerre mondiale. En effet, c’est la bataille de la somme, qui eut lieu la même année de juillet à novembre, qui trône tristement en 1ère position avec plus d’un million de victimes au total, dont pas loin de 450.000 morts.

La stratégie allemande pour la bataille de Verdun était de faire une guerre d’usure afin d’épuiser les français aussi bien physiquement que moralement. Presque 60 millions d’obus ont été tirés par l’artillerie des 2 camps, dont 2 millions rien que le 1er jour par l’armée allemande. Mais c’était sans compter sur le courage et l’abnégation des soldats français qui se sont battus et ont stoppés l’avancée allemande qui semblait pourtant inexorable.

Soldats Français - Crédit photo : Rue des archives

Soldats Français – Crédit photo : Rue des archives

Néanmoins, la bataille de Verdun est l’une des plus denses et longues de la première guerre mondiale. Même si le résultat militaire sera nul, elle est toujours perçue aujourd’hui comme une victoire défensive française, puisque Verdun n’est jamais tombée et l’armée Allemande, malgré une supériorité stratégique et en technologie, ne s’est jamais approchée à moins de 4 km de la ville…

Cette bataille a aussi mis en avant l’utilisation de l’artillerie (qui causera 80% des pertes) ainsi que l’utilisation des gaz de combats, malheureusement efficaces et qui seront utilisés par les 2 camps, et ce malgré la signature d’un traité interdisant leur utilisation lors de la première conférence de La Haye en 1899. Une autre arme de soutien à l’infanterie sera aussi utilisée lors de la bataille de Verdun : le lance-flamme. Bien que loin d’être optimale, en plus d’être extrêmement dangereuse pour son porteur (une seule balle dans le réservoir pouvait le faire exploser), cette arme avait un effet dévastateur, tant physiquement que moralement , sur les troupes qui parfois, préférait se rendre plutôt que d’affronter un lance-flamme.

C’est aux environs du 19 décembre 1916 (certaines sources affirment le 18 ou le 20), après presque 300 jours et 300 nuits de combats que prend fin cette bataille, sur un statut quo militaire entre les 2 camps, la plupart des terrains perdus par les français en février ayant été repris en décembre. Côté français, 9 villages dans la région ont purement et simplement été rayés de la carte. Louvemont, Beaumont, Douaumont, Fleury-devant-Douaumont, Haumont, Ornes, Bezonvaux, Vaux et Cumières, n’existent plus, inondés du feu des obus allemands. Certaines de ces communes (Cumières, Douaumont, Fleury-devant-Douaumont, Ornes) ont été reconstruites partiellement mais elles ne sont aujourd’hui plus habitées ou alors par un nombre minime d’habitants (moins de 10). Néanmoins, ces communes existent toujours administrativement, en signe de symbole et de souvenirs d’une guerre d’un autre siècle.

L’infanterie allemande – Wikimédia Commons

L’infanterie allemande – Wikimédia Commons

Cette bataille a aussi vu la participation de personnalités qui feront l’histoire de la France : le général Pétain, 58 ans à l’époque et au bord de la retraite, a commandé les troupes françaises et organisé la contre-attaque ainsi que la mise en place de la célèbre « Voie Sacrée » qui a permis aux combattants du front de se voir relever, ravitailler et réapprovisionner. En effet, chaque semaine, c’est environ 3500 camions qui feront l’aller-retour entre Bar-le-Duc et Verdun pour venir en aide aux forces françaises. Environ 2 millions d’hommes, tout camp confondu, se relaieront sur le front pendant ces 10 mois de batailles. Environ 70% des effectifs de l’armée française de l’époque participeront à cette bataille, renforçant le sentiment de cohésion nationale. Cette guerre aura aussi vu le baptême du feu d’un jeune soldat de 24 ans, blessé 2 fois au début du conflit puis capturé, et blessé à nouveau en 1916, en défendant le village de Douaumont. Malgré plusieurs tentatives d’évasion infructueuses, il ne sera libéré qu’à l’armistice. Son nom, vous le connaissez tous : un certain Charles de Gaulle…

La Voie Sacrée - Crédit photo : Rue des archives

La Voie Sacrée – Crédit photo : Rue des archives

Côté Allemand de nombreux acteurs de la 2nd guerre ont participé à la bataille de Verdun. On peut citer Rudolf Hess (futur représentant du parti Nazi du Troisième Reich), Ernest Röhm (futur chef des SA) ou Heinz Guderian (futur général de l’armée de terre allemande et investigateur de la guerre rapide avec chars d’assaut, la Blitzkrieg, qui sera utilisée lors de la bataille de France en 1940).

Verdun est aujourd’hui la ville la plus décorée de France avec 26 médailles, lourd témoignage de son passé historique. Parmi ces médailles, nombreuses ont été décernées par des pays étrangers : les États-Unis, la Pologne, le Japon, le Luxembourg, le Cambodge, le Maroc, la Chine, le Portugal, l’Estonie, la Grèce, la Roumanie, la Tunisie et l’Italie, entre autres, ont décernés une médaille à la ville.

Si d’aventure vous souhaiteriez approfondir vos connaissances sur cette bataille, n’hésitez pas à vous rendre au Mémorial de Verdun (http://memorial-verdun.fr). Pour que cette bataille, partie intégrante de notre histoire, et que le sacrifice des « poilus » ne soient pas oubliés.

Ossuaire de Douaumont / Verdun2016.centenaire.org

Ossuaire de Douaumont / Verdun2016.centenaire.org