L’histoire incroyable de Thomas Prince

Thomas (ou Tommy) Prince était un militaire canadien, d’origine Ojibwée, une tribune autochtone du Canada. Né en 1915, il a participé à la Seconde Guerre Mondiale et à la guerre de Corée où il se distingua plusieurs fois par son courage et sa ténacité.

Mais l’histoire de Thomas n’est pas si limpide. Il fut en effet refusé plusieurs fois par l’armée Canadienne, alors qu’il remplissait tous les critères de sélection. Ce rejet étant probablement dû à ses origines. A force de persévérance, il est finalement enrôlé en juin 1940 en tant que sapeur. Ses talents ne passent pas inaperçus et Thomas sera finalement enrôlé dans une unité spéciale américano-canadienne répondant au nom de « Devil’s Brigade » – la brigade du diable. Tous les membres de cette brigade ont été choisi après un entrainement rigoureux, souvent à balles réelles. Ils étaient spécialisés en intrusion furtive, au combat à mains nues, aux explosifs, à l’escalade et aux combats en montagne (entre autres…). Prince fut nommé « Sergent de Reconnaissance », en charge de reporter les mouvements de l’ennemi.

Sur cette photo, Thomas Prince est deuxième, en partant de la droite.

Direction l’Europe

Thomas Prince est connu pour sa bravoure pendant la Seconde Guerre Mondiale. En 1944, Prince est en Italie. Accompagné d’un câble de communication de 1400 mètres (!!!), il informait les alliés des positions d’artilleries Allemandes alors qu’il était caché à seulement 200 mètres de ces mêmes Allemands, dans une maison abandonnée. Le câble fut accidentellement sectionné pendant le question / réponse de l’artillerie. Mais cela ne posa aucun problème à Prince. Il se déguisa en fermier et fit semblant de labourer son champ, tout en jurant en direction des Allemands…puis des alliés. Quand il atteint l’endroit où le câble était coupé, il se penche pour faire semblant de refaire ses lacets, rétablit la communication, puis retourne se cacher pendant 24 heures, après avoir insulté allègrement les deux camps. Au total, il resta trois jours derrière les lignes ennemies. Pour cette mission, Prince reçu la médaille Militaire.

En septembre 1944, dans le cadre de l’opération Dragoon, il fut envoyé avec un autre militaire derrière les lignes Allemandes positionnées du côté de L’Escarène, dans les Alpes-Maritimes. Ils tombèrent sur le camp d’un bataillon de réserve ennemi. Sur le chemin du retour, Prince et son compagnon se retrouvent au milieu d’une bataille entre la résistance Française et les Allemands. Les deux Devils ouvrent le feu sur les Allemands qui, au bout du compte, se retirent. Quand le chef de cette résistance put prendre contact avec Prince, il lui demanda où était le reste de sa compagnie. Prince, pointant du doigt son camarade, lui répondit « Ici ». Et au français de lui répondre : « Nous pensions que vous étiez au moins 50 ! ». Le chef Français recommanda Prince et son camarade pour la Croix de Guerre, mais le messager fut tué sur le chemin, et cette information n’arriva jamais à son destinataire, un certain Charles de Gaulle. Grace à sa mission de reconnaissance, les Alliés purent faire prisonnier le bataillon Allemand tout entier, soit environ 1000 hommes. Pour cette mission, Prince marcha 70 km, sans eau ni nourriture au départ, et ne fit pratiquement aucune pause de sommeil. Il fut recommandé pour la Silver Star.

La Devil’s Brigade fut néanmoins dissoute en Décembre 1944. En 1945, Prince est invité à Buckingham Palace où le Roi George VI lui remit sa médaille Militaire. Prince reçut également sa Silver Star du General Koening, au nom du président des Etats-Unis. Prince fait partie des 59 Canadiens ayant reçu cette décoration, et un des trois hommes ayant reçu la Silver Star ET la médaille Militaire. Au total Prince fut décoré neuf fois, plus que n’importe quel autre militaire d’origine « aborigène » engagé dans la guerre.

Puis la Corée

En 1950, Prince se réengage dans l’armée Canadienne et ira se battre en Corée. En février 1951, il s’introduit de manière furtive, avec huit de ses hommes, dans un camp ennemi. Il en repart avec des informations utiles… et deux mitrailleuses. Prince prit part à de nombreux raids de la sorte mais ses supérieurs finirent par ne plus lui confier de telles missions. Ils pensaient en effet que Prince mettait trop en danger la vie de ses hommes. L’unité de Prince en Corée, la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (2 PPCLI) se distingua lors de la bataille de Kapyong, en avril 1951. L’unité a en effet tenu une position difficile à défendre, sous le feu des Chinois et des Nord-Coréens.

En Mai 1951, il est rapatrié au Canada suite à des blessures et une arthrite prématurée. Il y effectue des travaux administratifs, en Ontario. En mars 1952, se sentant beaucoup mieux, il se porte volontaire pour un deuxième tour en Corée. Il repart donc en Octobre de la même année avec le 3rd Battalion PPCLI. Prince sera blessé en novembre et hospitalisé plusieurs semaines au début de l’année 1953. Après le conflit, et avoir reçu trois autres médailles (la Korea Medal, la Canadian Volunteer Service Medal and l’United Nations Service Medal), il reste dans l’armée en tant qu’instructeur des nouvelles recrues, à Winnipeg, jusqu’à fin octobre 1953.

De retour à la vie « normale »

Le retour à la vie civile ne fut pas facile. Son corps est très douloureux et son arthrite aux genoux le rend limité en capacité. Ajouté à la discrimination de l’époque, « Tommy » est en difficulté et ne trouve plus sa place dans la société. Il est éloigné de sa famille, et ses enfants sont placés en famille d’accueil. En juin 1955, il refait parler de lui après avoir sauvé la vie d’un homme de la noyade. Mais sa vie personnelle ne cesse de se dégrader. Il sombre dans l’alcoolisme, et se voit obligé de revendre ses médailles pour survivre. Il meurt en 1977, dans un hôpital de Winnipeg et est enterré au cimetière de Brookside. Ses médailles changèrent plusieurs fois de propriétaire avant que son neveu organise une récolte pour les récupérer. Elles sont aujourd’hui entreposées au Manitoba Museum, à Winnipeg. En sa mémoire, des rues, des écoles, et des bâtiments militaires portent son nom au Canada.