Tsar Bomba, la bombe à hydrogène la plus puissante jamais créée

Il y a beaucoup de choses effrayantes dans ce monde, et j’espère honnêtement ne jamais voir ce qu’ont vu les scientifiques soviétiques le 30 octobre 1961. Voilà en effet 55 ans que détonait Tsar Bomba, la bombe à hydrogène la plus puissante jamais créée par l’homme.

Au début des années 60, la course à l’armement nucléaire est à son apogée. Les Russes, par le biais du premier secrétaire du Parti Communiste, Nikita Khrouchtchev, décident de reprendre les tests nucléaires après deux ans d’un arrêt commun avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La tension de la Guerre Froide n’aidant en rien, l’URSS décide de frapper un grand coup pour démontrer sa puissance de frappe, à l’occasion du 22ème anniversaire du Congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique. Les scientifiques soviétiques ont passé trois ans (les derniers tests ayant eu lieu en 1958) à développer de nouveaux concepts et remodeler les plus anciens mais ne s’attendaient pas à une nouvelle série de tests. Khrouchtchev ne démontra même pas une quelconque raison scientifique : pour lui il fallait « montrer aux capitalistes ce que l’URSS est capable de faire ». Une justification qui étonna tous les scientifiques…

Nikita Khrouchtchev

Nikita Khrouchtchev

La conception de la bombe commença en juillet 1961 et personne ne sait vraiment qui a pris la décision de créer une bombe potentielle de 100 mégatonnes (en comparaison, Fat Man, la bombe tombée sur Nagasaki en 1945, était d’une puissance de 21 kilotonnes…). Heureusement, les décideurs russes eurent la « bonne » idée de limiter la puissance de la bombe a 50 mégatonnes (57 selon d’autres sources) pour limiter les retombées radioactives et, selon Khrouchtchev, ne pas « briser toutes les vitres de Moscou ». Sympa…

Le 30 octobre 1961, Tsar Bomba (un nom d’ailleurs donné par les américains, les soviétiques l’ayant baptisé Ivan) est embarquée dans un bombardier Tupolev Tu-95 spécialement modifié : en effet, la bombe était tellement énorme (8 x 2,1 mètres pour 27 tonnes et attachée à un parachute de 800 kilos) qu’elle ne pouvait pas rentrer dans une soute standard. Il a donc fallu « ouvrir » le bombardier et transporter Tsar Bomba de manière semi-externe. Il a également fallu enlever du Tupolev tous ses réservoirs extérieurs, et le peindre dans une peinture blanche semi-réfléchissante censée limiter les dégâts de chaleurs. Malgré cela, l’équipage avait un taux de survie estimé à 50%. Au matin, le Tupolev décolle depuis une piste dans la péninsule de Kola, accompagné d’un autre appareil, un Tu-16, qui a pour mission de filmer le test. La bombe doit être larguée au-dessus de l’archipel de la Nouvelle-Zemble, un territoire dont la surface dépasse celle de la Belgique et des Pays-Bas réunis.

Le point d'impact de la Tsar Bomba est symbolisé par le symbole gris

Le point d’impact de la Tsar Bomba est symbolisé par le symbole gris

A 11h32, heure de Moscou, 10h32 en France, Tsar Bomba explose à une hauteur de 4 km au-dessus du sol. L’explosion créée immédiatement une boule de feu de 8 kilomètres de diamètre et un éclair visible à plus de 1000 kilomètres du point d’impact. Le champignon atomique qui en résulte a atteint une hauteur de 65 km, soit 7 fois la hauteur de l’Everest, pénétrant dans la stratosphère et atteignant la mésosphère. Son diamètre est estimé à 40 km. L’explosion est ressentie à plusieurs centaines de kilomètres. Un village constitué de maisons de bois et de pierres est complètement rasé à 55 km. A 100 km, un autre village est détruit : toutes les maisons en bois sont soufflées, et celles en pierres perdent leurs toits, leurs vitres et leurs portes. Les systèmes radios sont coupés. Un scientifique déclara même avoir aperçu un vif flash à travers ses lunettes fumées et senti un fort pic de chaleur alors qu’il était situé à 270 km de la détonation. La chaleur de l’explosion pouvait créer des brûlures au 3ème degré si vous étiez situé à 100 km du point d’impact. L’onde de choc fut ressentie jusqu’à 700 km et certaines vitres furent brisés jusqu’en Norvège et en Finlande. Imaginez qu’une bombe équivalente tombe sur Paris, vous seriez secoué par l’explosion même si vous êtes installés sur un transat à Montpellier…

Tsar Bomba, quelques secondes après avoir été larguée. Son parachute à permis de la ralentir et ainsi permettre aux pilotes de s'en éloigner

Tsar Bomba, quelques secondes après avoir été larguée. Son parachute à permis de la ralentir et ainsi donner du temps aux pilotes de s’en éloigner

Malgré le fait qu’elle explosa en l’air, la vague magnétique créa un séisme d’une puissance de 5. Les capteurs continuèrent d’identifier l’onde de choc après qu’elle ait fait le tour de la planète…deux fois. Après l’explosion, la surface de l’archipel était aplanie, comme une patinoire, et les roches comme fondues.

Après la chute de l’URSS, deux des scientifiques ayant travaillé sur le projet, Victor Adamsky et Youri Smirnov, firent remarquer que « cette bombe ne fut jamais une arme mais une démonstration de force ».  Pour être franc, je ne sais pas trop si je dois êtes impressionné, ou apeuré…

Tableau comparatif

Tableau comparatif