La bataille de la Somme : la grande offensive

La bataille de la Somme n’est pas celle qui ressort en premier de la mémoire collective des Français quand on évoque la 1ere Guerre Mondiale. C’est pourtant l’offensive la plus sanglante de tout le conflit. Cette bataille est d’ailleurs encore honorée au Royaume-Uni, au Canada et en Australie alors qu’en France, nous nous souvenons d’avantage de Verdun (voir l’article sur la bataille de Verdun). A l’occasion du centenaire, faisons un retour en arrière sur ce combat…

La bataille de la Somme

La bataille de la Somme

Une offensive préparée

C’est en décembre 1915, à l’occasion des réunions de Chantilly, que les généraux alliés de l’époque eurent l’idée de lancer une grande offensive sur tous les fronts pour faire reculer les Allemands. Seulement, aucune date où lieu précis n’est fixé. C’est mi-février 1916 que la date et le lieu sont décidés : ce sera la Somme, sur un front d’une soixantaine de kilomètres, avec une offensive d’infanterie prévue pour le 1er juillet, précédé d’une semaine de bombardements d’artilleries. La Somme fut choisie car c’est à cet endroit-là même que les lignes britanniques et françaises se rejoignent. Les préparatifs se mettent en route : l’arrière front est totalement transformé en un incroyable entrepôt de stockage. La ville d’Amiens, à 35 km des lignes se mets à grouiller d’activité. Se rajoute à cela la construction de routes, de chemins de fers et même d’aérodromes. Mais l’offensive allemande à Verdun, en mars 1916, changera l’organisation de l’opération des alliés car un bon nombre des forces françaises restera dans la Meuse, mobilisées pour tenir tête aux allemands. La bataille de la Somme, qui devait au départ être une opération franco-britannique équivalente en termes de forces mobilisées, devient finalement à majorité britannique, le général Joffre ayant refusé l’aide des anglais sur le front de Verdun. De ce fait, la ligne de front fut réduite, passant de 60 à 40 km et certaines unités « réservées » pour la bataille de la Somme furent envoyées en renforts à Verdun. L’armée anglaise, constituée majoritairement de volontaires sans expérience et venant de toutes les classes sociales, se concentre donc sur la Somme.

Soldats britanniques dans les tranchées an Aout 2016

Soldats britanniques dans les tranchées en Aout 2016

Début des hostilités

Le 25 juin 1916, les premiers tirs d’artilleries fendent le ciel. Le bombardement durera 6 jours pleins. Le moral des Alliés est au plus haut : ils ont pour eux la supériorité matériels, sur terre comme dans les airs, et le commandement à fait comprendre que cette bataille sera celle qui changera le visage de la guerre et mettra fin au conflit dans les plus brefs délais. Les tirs d’artilleries sont si intenses qu’ils atteignent la cadence incroyable de 3500 coups par minute et le bruit est si fort qu’il sera entendu jusqu’en Angleterre. Les chiffres que nous avons trouvés laissent sans voix : pas loin de 1 500 000 obus tomberont en 6 jours. En plus de l’artillerie, les sapeurs britanniques ont prévu de faire sauter deux mines qu’ils ont positionnés sous les positions allemandes, afin de faciliter l’arrivée de l’infanterie. A une vingtaine de mètres de profondeur, ils déposent au moins 25 tonnes d’explosifs qu’ils font sauter au matin du 1er juillet. On raconte que la déflagration aurait générée une colonne de terre qui se serait élevé à plus d’un kilomètre de haut ! (Il est d’ailleurs encore possible de voir les résultats de cette explosion en visitant le site du cratère de Boisselle. Un trou qui ferait aujourd’hui 90 mètres de diamètre et 20 de profondeur…). Protégés par des abris profonds, les Allemands ont néanmoins survécus et commencent à organiser leur défense.

Vidéo de l’explosion d’une des deux mines

Le 1er juillet 1916, à 7h30 précise, l’ordre d’attaque est donné. Les britanniques partent à l’assaut…en marchant ! Les soldats anglais sont chargés de près de 30 kg de matériels et l’ordre leur a été donné de marcher au pas, de peur qu’ils ne se dispersent. Le commandement anglais était persuadé que les tirs d’artillerie avaient totalement détruits les défenses allemandes. Une erreur stratégique qui s’avèrera fatale et qui reste une décision encore incomprise aujourd’hui. Les allemands avaient repris leurs positions et, abasourdis de voir les anglais marcher au pas, décidèrent d’attendre le dernier moment avant d’ouvrir le feu. Les anglais tombent, fauchés en masse sous les balles des mitrailleuses allemandes. Certains historiens chiffrent à hauteur de 30 000 tués ou blessés dans les 5 premières minutes de la bataille. Le commandement anglais continuera ces vagues suicidaires jusqu’en milieu de journée avant d’opter pour une autre stratégie. Cette journée du 1er juillet 1916 restera la plus meurtrière de l’histoire de l’armée britannique, avec près de 20 000 morts et plus de 40 000 blessés.

Soldats se reposant dans une tranchée dans la Somme, en Aout 1916. Photo du domaine public, prise par le Lt Ernest Brooks

Soldats se reposant dans une tranchée dans la Somme, en Aout 1916. Photo du domaine public, prise par le Lt Ernest Brooks

La situation des français est meilleure, les troupes progressent en faisant de nombreux prisonniers et en remplissant tous leurs objectifs. Ils seront malheureusement stoppés du fait de l’échec de l’assaut anglais. Côté Allemands, l’attaque est une surprise puisqu’un front est déjà créé à Verdun mobilisant une grande partie des troupes. Malgré leur solide défense, 6000 soldats allemands, pour la plupart des jeunes, périront ce jour-là. C’est le début d’une bataille qui s’achèvera 4 mois et demi plus tard, le 18 novembre 1916.

La bataille de la Somme verra aussi l’utilisation, pour la toute première fois de l’histoire, des chars d’assaut (voir l’article sur les chars d’assaut), dont l’utilité sera toute relative mais l’effet psychologique sur les soldats ennemis totalement effrayant.

Tank britannique Mark 1 détruit

Tank britannique Mark 1 détruit

Que reste-il…. ?

Cette bataille, appelée parfois « La Grande Boucherie » restera comme la plus meurtrière de la 1ère guerre mondiale. Les pertes sont énormes : 440 000 Allemands, 420 000 britanniques (incluant 23 000 Australiens, ainsi que 25 000 Canadiens et Terre-Neuviens) et 200 000 français sont tués ou mis hors d’état, en seulement 4 mois. D’un point de vue stratégique, le front allié n’a avancé que d’une dizaine de kilomètres. Néanmoins, l’ampleur de la bataille a obligée l’armée Allemande à détourner certaines de ces unités de Verdun vers la Somme, permettant dans le même temps de soulager un peu les troupes françaises engagées dans la Meuse.

Soldats britanniques et Allemands blessés se dirigeant vers un poste de premier secours

Soldats britanniques et Allemands blessés se dirigeant vers un poste de premier secours

La Somme garde encore les traces de cette bataille dans son sol et de nombreux sites et musées sont visitables si vous désirez en savoir un peu plus. L’aspect international de cette bataille s’explique notamment par le nombre élevé de nationalités présentes. Il a été recensé au moins 20 nationalités différentes du côté des Alliés, la plupart provenant des empires coloniaux de l’époque : Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Sénégal, Viêt-Nam, Madagascar, Algérie, Tunisie, Maroc pour les Français. Afrique du Sud, Australie, Canada, Terre-Neuve, Nouvelle-Zélande, Inde, Birmanie, Pakistan, Barbade, Rhodésie et République d’Irlande pour les Britanniques.

Musées de la première guerre mondiale : www.historial.org  /  www.somme14-18.com

Photo du cratère de la mine de Boisselle – Photo par Somme Tourisme

Photo du cratère de la mine de Boisselle – Photo par Somme Tourisme