Accueil » De Kaboul à la Californie : l’histoire d’un traducteur devenu Marine

Share This Post

Actualité Militaire

De Kaboul à la Californie : l’histoire d’un traducteur devenu Marine

De Kaboul à la Californie : l’histoire d’un traducteur devenu Marine

Cet Afghan à servi trois ans en tant que traducteur, avant de rejoindre les Marines

Aujourd’hui intégré au sein de l’USMC, c’est pourtant à Kaboul, capitale de l’Afghanistan, que Mohammed Nadir a passé son enfance. Sixième d’une fratrie de dix, Nadir a grandi entouré de militaires. Là où les enfants rêvent de devenir acteurs, athlètes ou scientifiques, Nadir, a toujours voulu rejoindre le Corps des Marines.

« Quand j’étais jeune, ma mère me lisait des histoires sur les militaires, mon père était agent de police en Afghanistan… Beaucoup de gens ont bien accueilli les Américains, même pendant les périodes de conflits ». Intrigué par le mode de vie militaire, Nadir s’est davantage intéressé à la profession après avoir terminé ses études : « Ils recrutaient des afghans pouvant servir d’interprète pour l’International Security Assistance Force (I.S.A.F.). C’était ma chance d’intégrer le réseau militaire », confie Nadir.

Mohammed Nadir, au centre, avec son unité en Afghanistan, dans la province d’Helmand. Photo : Sgt. Jessica Quezada / US Marine Corps.

Interprète : métier dangereux ?

En octobre 2011, il s’engage pour une mission de trois ans dans le district de Sangin (province d’Helmand). Il y est considéré comme un élément influent au sein de l’unité opérationnelle dont il fait partie. Si sa famille avait l’impression que tout irait pour le mieux, Nadir nuance : « C’était le pire endroit où je pouvais me trouver. J’ai dit à ma famille que ce serait un job sans danger, mais il y avait un gouffre entre la réalité du terrain et ce qu’elle imaginait… ». Les traducteurs ont beau jouer un rôle crucial dans l’armée américaine, beaucoup d’afghans sont catalogués comme « traîtres » par divers groupes, dont les talibans. Il n’était évidemment pas bien vu de travailler avec et pour les Etats-Unis…

Nadir confirme : « Nous étions les yeux et les oreilles de l’I.S.A.F. Je servais autant mon pays que les USA, et j’en étais fier ! Mais il y avait toujours une distance entre le personnel américain et afghan ». Cette appréhension s’est à nouveau manifestée lorsque les américains se sont rendus dans de nouvelles régions du pays : « Après un moment de méfiance, ils ont compris que nous, les locaux, étions là pour de bonnes raisons. Nous les aidions en traduisant, cela nous a rapprochés ». Les services américains voulaient que les autochtones comprennent la raison de leur présence. Le rôle de Nadir a été crucial pour faciliter la discussion, étant donné les différences linguistiques et culturelles abyssales.

Une autre étape clé a été de former la police afghane aux engins explosifs improvisés et à la sécurité opérationnelle. Ce projet, sensé renforcer la protection globale dans la région, Nadir a réellement apprécié y participer : « J’ai particulièrement apprécié ce projet », confie-t-il. « J’étais honoré d’avoir collaboré avec la police afghane ».

Le poste d’interprète de Nadir lui a ouvert le droit, comme à sa famille, d’obtenir un « Special Immigrant Visa », qui offre aux interprètes une protection et une possibilité de migration aux Etats-Unis après leur service. C’est via ce programme que, le 10 novembre 2014, Nadir foule pour la première fois le sol américain. Son but ? Entamer les démarches pour devenir un Marine ! « J’avais dit à ma famille qu’un jour je deviendrais Marine aux Etats Unis. C’est ce que j’ai fait ! »

Le Challenge Coin de Mohammed Nadir, donné par le Général William Jurney. Nadir a été intégré à l’USMC le 26 Mai 2017 et sera entraîné pour devenir fantassin. Photo : Sgt. Jessica Quezada.

De l’Afghanistan, cap vers la Californie

Son trajet l’a également mené à Pendleton, le camp californien de l’USMC, où il rencontra le major Mark Nicholson, du Corps des Marines et ancien conseiller administratif pour l’équipe consultative de la police afghane auprès de la Brigade expéditionnaire de Marine en Afghanistan. Nicholson raconte : « Depuis notre rencontre à l’aéroport, Nadim a toujours été là quand nous avions besoin de lui. Il s’est retrouvé dans des situations dangereuses, mais il a su s’adapter. Les interprètes sont parfois plus en danger que nous ». Supervisant la majorité des tâches administratives, Nicholson a noué un lien fort avec Nadir et les autres interprètes. Ces relations entre interprètes et membres des services américains doivent bien-sûr être basées sur la confiance et la fiabilité.

« Je lui aurais confié ma vie », avoue Nicholson. « Nadir est quelqu’un d’intelligent, et nous comptons beaucoup sur les interprètes lorsqu’il est question de sécurité ou de connaissance de la culture ». Peu de temps après son arrivé, Nadir a trouvé du travail lui permettant de soutenir sa famille, restée au pays. Il a également suivi des cours d’anglais pour se préparer à une batterie de tests d’aptitude professionnelle des forces armées. Aujourd’hui, Nadir en rit : « Mon anglais était affreux, j’avais vraiment besoin d’étudier ! J’ai déménagé à Anaheim (Californie) avec un ami, et j’y ai rencontré le sergent William Soukthavong, recruteur de Marines ». C’est le 26 mai 2017 qu’il sort diplômé du centre de recrutement des Marines de San Diego.

Le Général William Jurney donnant la poignée de main à Mohammed Nadir, au Marine Corps Recruit Depot, San Diego, le 24 May 2017. Photo : Jessica Quezada / US Marine Corps.

« J’avais regardé le film Full Metal Jacket, mais sur le terrain, c’est complètement différent », raconte Nadir. « Si l’arrivée sur place s’est déroulée en douceur, les instructeurs, eux, l’étaient beaucoup moins. Honnêtement, je ne m’attendais pas à ça. C’était différent de ce que j’imaginais, je pensais que ce serait facile vu que j’ai déjà été confronté à des situations stressantes. J’ai donné le meilleur de moi-même ! ».

Nadir confie que vivre dans l’environnement hostile et montagneux de l’Afghanistan l’a aidé physiquement : « J’étais bon en randonnée ! » dit-il. Savoir arpenter le terrain accidenté est une qualité appréciable au camp d’entraînement, camp dans lequel il a d’ailleurs passé 13 semaines. « Quand j’ai vu combattre les Marines, j’ai tout de suite su que je voulais en devenir un. Ils sont la force brute de l’armée et je les respecte depuis que je les ai vus en Afghanistan », dit Nadir. Nicholson de conclure : « Nadir, je l’aime comme un frère, et je suis heureux de savoir qu’il est désormais un Marine des Etats-Unis ! ».

Crédit : Jessica Quezada, United States Marine Corps.

Share This Post

Passionné d'équipements militaires, du cinéma de guerre et de la 2nd Guerre Mondiale, je travaille chez Welkit depuis 2014.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Lost Password

Register