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Actualité Militaire

Des vétérans protègent les rhinocéros d’Afrique

Des vétérans protègent les rhinocéros d’Afrique

Le soleil s’est couché, laissant la savane en effervescence…

C’est la pleine lune. Le moment est venu pour Ryan Tate et ses hommes de se rendre au travail. En treillis camouflés, ils vérifient leurs armes et se dirigent vers les véhicules. Quelque part au-delà du reflet de l’anneau de lumière du feu de camp, dans des vastes étendues sombres de buissons épineux, de baobabs, de roches et d’herbe, se trouvent des rhinocéros. Quelque part également, il y a des braconniers prêts à les tuer pour avoir leurs précieuses cornes. Le travail de Ryan Tate, un ancien Marine âgé de 32 ans, ainsi que le groupe de vétérans de l’armée américaine qu’il a rassemblé dans une réserve privée située dans une zone lointaine au nord de l’Afrique du Sud, est simple : protéger les rhinocéros et les autres animaux, dispersés tout autour de leur base opérationnelle.

Ryan Tate

Vetpaw : Veterans Empowered To Protect African Wildlife

Les hommes de son groupe ne sont pas des mercenaires ou des gardes forestiers. Ils travaillent pour une organisation à but non-lucratif américaine financée par des dons privés : Veterans Empowered To Protect African Wildlife – Vetpaw. Tous ces hommes ont combattu, avec des unités militaires d’élite, en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Un équipement adéquat est mis à leur disposition : des véhicules, des vélos de piste, des fusils d’assaut, des ghillies de tireurs d’élite et des radios. Mais Tate croit que les armes les plus importantes dans la guerre contre le braconnage demeurent les compétences et l’expérience acquises par son équipe lors des déploiements successifs dans les zones de conflit durant la moitié de la dernière décennie.

Ici gratuitement

Tate déclare : « Nous sommes ici gratuitement. On ne va nulle part. Qu’il fasse froid ou chaud, jour ou nuit… nous voulons travailler avec ceux qui ont besoin d’aide ». L’initiative est contestée. Pour certains experts, il faut craindre une « militarisation verte » et une course aux armements entre les braconniers et les gardes-chasses. Pour d’autres, le déploiement d’anciens soldats américains pour lutter contre les criminels en Afrique du Sud met en péril la stabilité d’un état déjà fragilisé par ses difficultés actuelles. Mais l’importance du défi de la protection des rhinocéros d’Afrique du Sud est clair pour tous : il faut mettre fin à l’augmentation du braconnage de ces dernières années, qui menace de réduire les efforts réalisés sur plusieurs décennies.

Bien que les cornes de rhinocéros soient en kératine, la même substance que les ongles, le kilo va jusqu’à plus de 65.000 $. La demande vient principalement d’Asie de l’Est, où la corne de rhinocéros est utilisé pour la « médecine naturelle » pour ses puissantes vertus énergétiques. Le trafic de la corne de rhinocéros a lieu dans les pays pauvres d’Afrique australe où des réseaux internationaux permettent de mettre en contact des trafiquants et d’éventuels acheteurs. Les lois anti-braconnage, la corruption et la pauvreté sont des facteurs qui mettent en avant le problème. L’Afrique du Sud abrite 80 % des rhinocéros sauvages dans le monde.

Vetpaw opère principalement dans le Limpopo, une province en Afrique du Sud, en rouge sur l’illustration.

Le démantèlement de ces groupes de criminels n’est pas facile

« Ils reçoivent des financements extérieurs qui ne sont pas prêts de s’arrêter. Et ils sont bien armés », a déclaré un porte-parole du gouvernement sud-africain en février. C’est après avoir suivi un documentaire au sujet du braconnage et des morts des gardes forestiers en Afrique que Ryan Tate a fondé Vetpaw. Son équipe s’attelle désormais à assurer la protection des rhinocéros dans la région la plus au nord du pays, Limpopo. Cette équipe travaille ainsi sur une douzaine de réserves représentant un total d’environ 200.000 hectares. La présence des anciens combattants sur le territoire sud-africain a de nombreux avantages. Notamment pour les propriétaires locaux qui voient, grâce à cette présence d’anciens combattants armés, un retour au calme et la fin des privations que craignaient de nombreux habitants d’Afrique du Sud, ceux des fermes rurales isolées en particulier. L’équipe a aussi organisé des cours pour former des guides locaux et du personnel de sécurité.

Même si l’objectif principal de Vetpaw est de lutter contre le braconnage, c’est aussi une occasion d’aider les anciens combattants ou anciens militaires américains à retrouver une place dans le civil. Aux États-Unis, ces derniers subissent un taux de chômage élevé et souffrent de maladies mentales. « Tout le monde a le PTSD (Post Traumatic Stress Disorder) en revenant de la guerre … Vous ne ressentirez plus ce sentiment de fraternité, cette intensité… vous avez tous ces vétérans entraînés pendant des années avec les millions du gouvernement, et qui ne sont plus utilisés. J’ai simplement rassemblés ces deux choses », affirme Tate.

Armes, casques et gilets de combat…

La base de Vetpaw dans la brousse de Limpopo est sans doute moins spartiate que la majorité des « bases avancées », mais elle est familière à toute personne qui a passé un peu de temps dans les forces américaines. Tout rappelle l’armée : les casques, les gilets, le rack d’armes, la carte détaillée épinglée au mur ainsi que les bannières avec les insignes « US Special Forces » suspendues au-dessus d’une table à manger. Il y a aussi la plaisanterie et le jargon. L’équipe parle de missions tactiques, d’intel et de « méchants ». Malgré les lignes inscrites sur le tableau blanc, les instructions sont claires : « S’il n’y a pas de plan, avancez en direction de l’origine des tirs et tuez tous ceux qui s’y trouvent ». Tate a sélectionné des vétérans, car ils savent garder leur sang froid et n’utiliseront jamais une force létale disproportionnée. Tout le monde dit aux braconniers de déposer leurs armes, avant de les remettre à la police.

Une guerre non conventionnelle

Kevin, un vétéran Américain d’origine britannique qui a quitté les Green Beret après une quinzaine d’années, affirme que, parfois lors des combats rapprochés : « C’est une contre-insurrection scolaire que l’on a là. Cette guerre n’est pas conventionnelle ». À l’instar des autres membres de Vetpaw, Kevin ne souhaitait pas être identifié par son nom. « Il est facile de tuer avec un coup de fusil. Mais il faut savoir que le plus dur n’est pas là. La difficulté réside dans ce qui arrivera après… Si vous tuez une personne, imaginez sa famille, un village contre vous ? ».

Il y a une dizaine d’années, des officiers supérieurs américains ont développé une pensée qui s’est enracinée dans les « cœurs et les esprits » quand ils ont réalisé que leur grande puissance de feu leur a fait gagner des batailles, mais pas des campagnes. Les officiers de l’armée américaine ont expliqué une fois comment les insurgés en Irak ou en Afghanistan recevaient du soutien. Tate affirme que les braconniers emploient les mêmes méthodes en contraignant les communautés locales à garantir des maisons sûres ou autre soutien.

Héros ou bannis

François Meyer connaît bien la région pour avoir grandi au nord de Limpopo. Il dirige une ONG locale qui œuvre dans la protection et qui collabore avec Vetpaw. Il affirme que les braconniers sont perçus de façon différente. « Dans certains villages, les braconniers sont considérés comme des héros. Ils distribuent de l’argent aux villageois. Il y a une sorte de syndrome « Robin des Bois ». Ils prennent aux blancs riches pour donner aux pauvres. Mais dans d’autres villages, les braconniers sont de viles personnes à expulser des villages », a déclaré Meyer. Les gens n’arrivent pas à s’entendre et à trouver une solution commune (consensuelle) au problème du braconnage, les débats sur le sujet sont houleux et opposent les défenseurs de l’environnement, les agriculteurs et les fonctionnaires.

En 2009, un moratoire sur le commerce intérieur concernant la corne de rhinocéros en Afrique du Sud voit le jour. Puis, jugé controversé, le moratoire fut annulé par un tribunal en avril. Malgré une recrudescence des arrestations de braconniers, la justice et « un manque de volonté politique » ne permettent pas de lutter efficacement contre le braconnage. Leurs « chevilles ouvrières  » restent donc intactes. La solution au problème complexe du braconnage semble éloignée des vétérans qui patrouillent à l’extrême nord de Limpopo, sur une haute falaise rocheuse, en écoutant le cri d’un léopard ou celui des babouins lors de leur rassemblement nocturne. « Après ma vie de militaire américain, cela m’a fait du bien de rester. Je n’ai jamais eu des cauchemars, des flash-back ou des choses de ce genre… après avoir fait toutes les choses que j’ai faites pendant des années, c’est ce qu’il fallait à mon âme », explique Kevin. « C’est bien de lutter pour la bonne cause tout en ayant la possibilité d’admirer le coucher de soleil d’Afrique ».

En savoir plus : vetpaw.org

Crédit : Jason Burke / The Guardian.

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Contributeur chez Welkit depuis 2017, passionné de la nature, de bushcraft et, naturellement, du domaine militaire.

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